Heureux comme un senior

Durant la deuxième moitié du vingtième siècle, l’espérance de vie a augmenté de vingt ans. A une époque où l’on vit « bien » de plus en plus longtemps, vieillir ne fait plus peur. Mieux, les seniors affichent leur bonheur et le revendique !

Groupe de seniors heureux

Sagesse et douce folie : l’équilibre parfait ?

Une étude de l’INSEE révèle que l’apogée du sentiment de bien-être ne situe pas dans l’insouciance de nos 20 ans, ni même dans la quarantaine accomplie mais bien plus tard. A un âge où le stress et les remises en question s’envolent au profit d’une certaine sagesse. Le curseur du bonheur et de la satisfaction personnelle se situerait entre 60 et 70 ans. C’est selon Marc Vincentus, chercheur au département économique de l’INSEE et co-auteur de l’étude, « l’âge où l’on conjugue souvent santé, temps libre et revenus, où l’on révise ses exigences et où l’on apprend à se satisfaire de ce que l’on a. On réalise sur le tard que nos vies n’ont pas été si mal. »

A l’inverse, le pic de morosité survient à l’aube de nos 50 ans. C’est la crise des 45/47 ans ressentie avec plus ou moins de fracas : « C’est l’âge où le projet familial se termine, où on a fait le tour d’une situation professionnelle, enterré quelques illusions. C’est indubitablement la fin d’un cycle et un moment charnière » analyse Marc Vincentus. Alors même que c’est à cet âge, en moyenne, que les revenus sont à leur maximum. Comme quoi, si on ne le savait pas déjà l’argent ne fait pas (tout) le bonheur. Mais le nombre des années, lui, le fait grimper !

60 ans et plus… et autant d’années pour savoir qui l’on est !

A 20 ans, on tente d’affirmer sa personnalité et on cherche surtout à impressionner les autres, à rentrer dans le moule, à se faire accepter. Bref, c’est épuisant ! A 30 ans, quand on est en couple, c’est le moment de fonder une famille et d’assurer, dans le même temps, sur tous les fronts sans craquer. A 40 ans, la fatigue et l’usure peuvent pointer le bout de leur nez, tandis qu’à 50 ans, on rêve de tout quitter pour en profiter.

Au fil de ces décennies, on en aura rencontré des gens, fait des erreurs, loupé des coches. Autant de « couacs » essentiels pour faire le tri et isoler quelques « ingrédients » qui feront pulser sa vie. Alors quand on arrive à la soixantaine épanouie, nul besoin de s’entourer de parasites. On sait ce qui est bon pour nous et ce qu’il faut fuir à tout prix. Moins dépendants du regard des autres et moins centrés sur la réussite, on s’affranchit des détails qui nous pèsent pour gagner en légèreté.

Les codes de la séduction changent aussi. On appréhende son corps avec plus de sérénité. Et pour les femmes seules, les rencontres se font sur des bases claires et donc beaucoup plus saines. Plus envie d’amour vache, on rêve d’une histoire « carpe diem » avec quelqu’un qui partage des passions communes. Libérés du tic-tac de la montre, on gagne en « temps choisi ». Délestés des impératifs familiaux ou professionnels, on se concentre sur l’essentiel. Bref, on chasse les « malus » du passé et on prend au vol tous les bonus qui se présentent (enfin !).

L’altruisme et l’éveil des sens : la clé du succès ?

Et si c’était l’occasion de regarder autour de soi ? Vraiment. A l’image des habitants de cette petite île japonaise d’Okinawa, connue pour abriter la plus grande proportion de centenaires au monde. Outre un régime spécifique, véritable secret de longévité, les habitants cultivent l’esprit d’entraide. Pas seulement dans leur réseau familial ou amical mas aussi avec leurs voisins et les communautés alentours. Bref, ils se rendent utiles et cet esprit « donnant-donnant » est galvanisant. Là-bas, les personnes âgées sont considérées comme de véritables trésors, sorte de porte-bonheur.

Et si ce bonheur se cultivait justement en faisant celui des autres ? A l’image de Madeleine, 72 ans, qui a accueilli à la rentrée une jeune étudiante : « Cette cohabitation m’apporte autant de choses que je peux lui proposer, voire plus ! Je me nourris de sa jeunesse et elle apprend de mon expérience. » Et puis, il y a nos sens davantage en éveil. Car la contemplation et les vraies sensations se gagent avec la sagesse. Les choses de la vie quotidienne que l’on considérait comme « mécaniques » à 20 ans (ouvrir ses volets au petit matin, préparer le petit-déjeuner, …) prennent une toute autre dimension à 70 ans.

Des sens décuplés qui se ressentent par ailleurs dans notre corps : nager, se faire masser, faire l’amour, prendre la main de son compagnon, serrer fort ses petits-enfants dans ses bras, sentir le vent caresser sa peau alors qu’on se promène. Des sensations « épidermiques » qui réveillent le corps autant que l’esprit !

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